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jeudi 16 juillet 2015

Touchez-y, il est brisé !



Son corps était gisant,
Éteint entre mes mains,
Maculé de caresses,
Moite encore d’étreintes.
De mes doigts tourmentés
Je suivais les lézardes
Qu’avaient causé la chute
Sur son corps de cristal :
Des milliers de coupures
Dessinaient sur sa peau
De fins deltas d’entailles
Insensibles au toucher
Mais nettes et profondes.
Et plus étrange encore,
Malgré la haute chute
Il avait survécu.

lundi 13 juillet 2015

Casque d’or



Lorsqu’on peine à la tâche,
Assis dans la pénombre,
Le cockpit en pagaille
Le menton sur l’thorax,
Le dos en arc-boutant,
La paupière en auvent,
Elle se penche aussi
Sur l’objet de nos doutes :
Elle tend ses ressorts,
Tourne son capuchon
Puis fixe, impassible,
D’un œil incandescent
L’ouvrage inachevé.

vendredi 26 juin 2015

Bandes organisées


Sur le vernis des villes,
On y franchit à gué,
En bandes organisées
Des rivières sans source
Où coule la fureur
D’êtres aux pieds d’hévéas,
Aux os de verre et d’acier
Et dont le sang bouillonne
Du fluide esprit des morts.

vendredi 2 septembre 2016

Je danse



Je danse,
Corps à corps dans l'accord,
Tête au vent pied en terre
Et les mains contre toi !

Je danse,
Pour bouger sans raison,
Las d’être immobile
En sachant trop pourquoi.

Je danse,
Le corps libre de mots,
Apprivoisant l’ailleurs
Dans la langue des gestes.

Peau contre peau pieds contre terre,
Baigné de son comblé de l’autre,
Le corps mû par mille départs,
Je danse.

vendredi 10 novembre 2017

Heures et Ors

Gobe-monnaie crache-papier tic-tac tic-tac,
Compte les mètres compte les heures, tic-tac tic-tac,
Capitaine innombrable en la ville des flux,
A la flotte amarrée à chaque coin de rue.

vendredi 12 juin 2015

Fluide esprit des morts


Je suis né aux Enfers
Du mariage posthume
De l’algue et de la pierre,
Je suis fils des profondeurs
De la Terre et du Temps,
Fils de la fièvre aussi...

De mon berceau cambrien
A ma fougue jurassique,
J’ai jailli d’eaux paraliques
Où s’essouffle le flux,
Où se met en suspens
Dans une lagune tiède,
Dans un delta atone,
La pulsation du monde...

C’est dans cette tombe du temps
Où la mort semble vivante,
Que j’ai dormi des ères entières
Sur un matelas aquatique,
Sous un plafond combustible,
Bien couvé par ma roche-mère.

Puis l’Homme un jour m’a réveillé,
D’un trépans mal assuré,
Voici une pincée de siècles,
Il a percé ma chambre chaude,
Ce sépulcre fécond
Où je mijotais la mort
A longueur d’éternité.

jeudi 27 août 2020

Erotisme insolite


Étendue sur l'herbe de cristal, nue,

Elle ignore mon passage,

La tête tournée vers le creux du vallon,

Soupirant doucement des nuages à chaque respiration.

Immobile, si elle bouge la tête ou son corps délié,

C'est lentement, avec la nonchalante gravité d'une déesse.

Cette présence sereine, insensible au gel figeant le temps

Comme aux petites choses faisant mine de se dérouler tout autour,

A commencer par le clapotis de mon existence quelques pas plus haut,

Cette attente élégamment ouverte à l'ennui, qui me dit :

« Rien n'est plus important ici que moi,

Ma présence est l'unique spectacle, mes gestes les seuls événements »,

Confèrent un érotisme insolite au tableau de cette vache

Allongée au milieu du champ couvert de givre.