mercredi 9 novembre 2011

Entretien avec Philippe Descola, professeur d'Anthropologie Sociale au Collège de France

Dans le cadre du festival Jean Rouch, Radio Campus Paris organise une émission exceptionnelle le jeudi 17 novembre à la Maison des Cultures du Monde, de 17h30 à 19h, sur le thème "les sociétés et modes de vie traditionnels dans la mondialisation". Cette émission-débat d'1h30, en public et où ce dernier sera amené à prendre la parole dans la dernière demi-heure, verra deux anthropologues visuels de renom: Marc et Colette Piault, débattre avec deux jeunes chercheurs en ethnologie du Laboratoire d'Antrhopologie Sociale.

Afin de préparer cet évèenment, Radio Campus Paris est allé à la rencontre de Philippe Descola, titulaire de la Chaire d'Anthropologie Sociale, fondée en 1959 par son maître et directeur de thèse Claude Levi-Strauss. Spécialiste des Achuar, Philippe Descola a beaucoup travaillé sur ce qu'il appelle les modes de socialisation de la nature, et qui ne sont autres que les différentes façons qu'ont les sociétés humaines d'entretenir des relations (pas seulement instrumentales, mais rituelles et mythiques) avec leur environnement non-humain (animaux, végétaux, minéraux confondus).

Au cours de cet entretien, réalisé au Laboratoire d'Antrhopologie Sociale, rue Cardinal Lemoine, nous avons voulu aborder l'évolution historique de ces sociétés, dont les ouvrages d'ethnologie ont tendance à nous fournir des instantanés qui perdurent dans nos esprits malgré le temps qui passe et la mondialisation qui s'accélère; nous avons aussi parlé du rôle des anthropologues dans la tenue de relations contrôlées et non-prédatrices entre le monde industriel et ces petites sociétés (au sens numérique de l'expression) qui peuvent sembler si fragiles...

dimanche 6 novembre 2011

La sociologie et le langage des arts

Le sociologue n’a, vis-à-vis de l’art, et en particulier de la littérature, cousine par l’alliance de l’écrit de toute science sociale, aucune des facilités dont jouissent ses voisins historiens et anthropologues. Tandis que l’histoire va chercher dans la poussière du passé des mystères propices à un écart vers le romanesque, l’anthropologie trouve dans les coutumes et les mythes qu’elle ramène de contrées lointaines la matière de récits dont la collection Terre Humaine a fini de prouver la valeur littéraire.
Mais le sociologue n’a la plupart du temps ni les ressources du lointain dans le temps –ce passé chasse-gardée des historiens-, ni celles du lointain dans l’espace –ces ailleurs que les anthropologues se proposent de nous rendre intelligibles- ! Le sociologue écrit sur ce qui ce passe ici et maintenant : point d’avant ni d’ailleurs si ce n’est comme éclairage du présent…dès lors, il peut sembler plus difficile aux praticiens de cette discipline de franchir le rubicon séparant l’"écrit analytique" de l’"écrit esthétique".
C’est pourtant ce que proposent Michel Maffesoli et Howard Becker ! Le premier propose carrément aux sciences sociales un « nouveau paradigme esthétique : la sociologie comme art » : c’est le titre de l’article qu’il publia à ce sujet en 1985 dans la revue Sociologie et Sociétés ; le second, dans un ouvrage plus récent, paru en 2009 et intitulé « Comment parler de la société. Artistes, écrivains, chercheurs et représentations sociales », propose une nouvelle méthode sociologique, foisonnante et pluridisciplinaire, qui utiliserait les vertus du théâtre, de la photographie, du dessin et bien sûr du roman dans l’activité même de recherche et de sa restitution…
Nouveau paradigme d’un côté, nouvelle méthode de l’autre : voilà la sociologie armée pour entreprendre sa métamorphose artistique. Mais pourquoi, au juste, la description de la société aurait-elle besoin du langage des arts ? Maffesoli écrit : « nombre d’adhérences télévisuelles, de fascinations fictionnelles ou même d’effervescences politiques sont sans cela [le paradigme esthétique] incompréhensibles : du corps mystique qui chaque semaine se crée autour de Dallas [nous sommes en 1985 !] à l’afoulement des grands magasins ou autres rassemblements sportifs, on retrouve une interaction affective qui se moque bien de nos jugements de valeur », et qu’on ne peut comprendre, poursuit-il qu’avec « une conversion de l’esprit qui fasse de nous [les sociologues] non plus des critiques, des contempteurs mais bien des esthètes de l’existence ».
Becker, lui aussi animé par le désir de se libérer de ce qu’il appelle, la « tyrannie des formes conventionnelles », propose à ses étudiants d’écrire non des dissertations mais des petites pièces de théâtre, et de restituer leurs travaux non en exposés mais en performances…ces « performances de sciences sociales » dont il encourage la diffusion sont d’ailleurs la matière première de son livre puisque ce sont les discussions avec ses étudiants sur le statut de la connaissance produite par ce biais qui l’ont amené à l’écrire…
Ainsi, les deux sociologues font-ils le même constat de l’inadéquation du langage conceptuel de la sociologie à la description la plus complète possible des faits de société. Ces derniers seraient trop nombreux et trop fins pour que le tamis grossier d’une sociologie purement écrite et analytique parvienne à les recueillir.
Si l’on revient un peu en arrière et que l’on met en vis-à-vis ces propositions avec la volonté des Durkheim ou Bourdieu de faire de la sociologie une science à part entière, cela semble coincer un peu !
En effet, supposons un instant que les sociologues se mettent à écrire des romans de stratification sociale, des poèmes d’analyse structurale, ou à mettre en scène des enquêtes ethnométhodologiques, qu’adviendrait-il des sacro-saints principes de falsifiabilité et de cumulativité ? Toute œuvre de fiction ne les fait-elle pas voler en éclat ?
Pour Maffesoli, et son paradigme esthétique, cela ne poserait aucun problème puisqu’il propose de maintenir en même temps qu’une sociologie comme art une sociologie « sociologisante », c’est son mot, dont on s’imagine qu’elle continuerait à respecter les critères de scientificité.
Pour Becker, il semble que les arts aient des vertus plus méthodologiques et restitutives qu’épistémiques. Dit plus simplement, les arts aiguillonnent la pensée sociologique ou bien la rendent accessible autrement, mais ils ne remettent pas en cause la nécessité d’avoir recours à un langage conceptuel et technique dans les communications scientifiques.
Tout compte fait, les sociologues auraient intérêt à aborder la question de leurs relations aux langages artistiques d’une manière plus détendue. Eux qui passent un temps considérable à s’escrimer dans des séminaires aux formats tous plus innovants les uns que les autres, ne pourraient-ils pas considérer que les arts, sans remettre en cause le contenu de leur recherche, pourrait en revanche lui fournir de nouvelles formes. Martín, ici présent, a ouvert sa présentation au dernier congrès de l’Association Française de Sociologie par une micro-fiction : cela ne l’a pas empêché ensuite d’exposer ses résultats dans la plus docte tradition académique !
Loin des ruptures épistémologiques maffesoliennes, l’art en sciences sociales pourrait n’être finalement qu’un des formats utilisés pour des recherches dont le contenu, lui, resterait soumis aux règles établies de la scientificité.

mardi 11 octobre 2011

Fracas de sabots,
Dans un sillage de poussière
Flotte un rêve d'ouest.

dimanche 9 octobre 2011

Melancholia ou la dérive astrale de Lars Von Trier

Quel mauvais tour Lars Von Trier a-t-il voulu jouer aux amoureux de Verlaine ? Melancholia, le titre de son dernier film, est aussi celui de la première partie des Poèmes Saturniens. Cette regrettable conjonction onomastique ne doit pas laisser croire un instant que l’œuvre maîtresse du « Prince des poètes » aurait pu trouver là un lointain écho au sein du septième art. Le film du réalisateur danois, pourtant récompensé à Cannes, s’égare entre ciel et terre, se délecte de poncifs psychologiques cents fois mis en images et finit par perdre le spectateur dans des tableaux alanguis que quelques pépites de mise en lumière et de plastique visuelle ne suffisent pas à rendre supportables.
La trame semblait pourtant tenir debout : une assemblée de gens fortunés célèbre le mariage de Justine (Kirsten Dunst) et de son ineffable époux. La fête a lieu dans un manoir huppé, sur les rives d’un lac et au beau milieu d’un impeccable golf dix-huit trous, mais Justine, la mariée rayonnante et insaisissable, révèle au peu à peu qu’elle n’est pas la femme heureuse et insouciante qu’on lui demande d’être. Sa sœur Claire (Charlotte Gainsbourg) le sait et, en tant que maîtresse de cérémonie, fait tout pour contenir le doute et la folie de Justine. En vain, celle-ci triomphera de l’ordre autoritaire que l’institution du mariage voulait lui imposer. Elle laissera le vide et le chaos derrière elle et pourra alors se donner toute entière à la perspective envoûtante d’un anéantissement cosmique. C’est l’objet de la deuxième partie du film où Justine, complètement déboussolée, observe l’approche de Melancholia en compagnie de Claire, sa sœur, de son beau-frère et de son neveu.
Mais à quelle sensibilité, à quel profil psychologique, à quel regard esthétique, Lars Von Trier a-t-il voulu s’adresser ?
Sa réflexion métaphysique sur le sens de la vie au milieu du silence des espaces infinis semble si soucieuse d’éviter les verbiages, si avide de signes obscurs et de non-dits, qu’elle finit par nous perdre dans le sillage de cette planète qui lui sert de décor. Si la métaphysique du réalisateur danois ressemble aux verdicts péremptoires des astrologues, sa sociologie n’est pas plus raffinée. Melancholia égrène les clichés sur la haute société, laquelle, érigée pour l’occasion au rang de métonymie du genre humain, se résume à un joyeux cocktail d’avidité (le patron de Justine), de froideur (la mère), de formalisme ridicule (le maître d’hôtel) ou de pitoyable insouciance (le père). Les choses gagnent-elles à être si simples ?
A l’inverse, quand elles devraient être complexes, elles se font obscures. Les sursauts énigmatiques du caractère des deux sœurs ne trouvent jamais d’explication véritable. Les personnages oscillent entre émerveillement et stupeur vis-à-vis de la trajectoire de Melancholia, mais ils semblent vivre cet évènement chacun de leur côté, en vase clos, et ne partagent que des banalités sur l’éventualité d’une collision. Apocalypse sidérale d’un côté, dialogues sidérants de l’autre !
Si Melancholia est un poème en images, il n’a décidemment rien à voir avec la mélancolie verlainienne.

samedi 17 septembre 2011

L’art contemporain est ce moment de la créativité humaine où le regard du visiteur a du se détourner des œuvres pour s’absorber dans la lecture des étiquettes.

vendredi 2 septembre 2011

Transhumanisme, posthumanisme: entretien avec Jean-Michel Besnier

Voici en intégralité un entretien réalisé pour Radio Campus Paris avec le professeur de philosophie Jean-Michel Besnier, auteur entre autres titres de: Demain les posthumains: le futur a-t-il encore besoin de nous?, ou encore: La croisée des sciences: questions d'un philosophe.
Vous pouvez également retrouver l'émission Dessine-Moi Un Mouton, pour laquelle a été réalisé cet entretien: http://www.radiocampusparis.org/societe/dessinemoiunmouton/transhumanisme-et-robotique-lavenir-de-lhomme-est-il-humain/

PARTIE I:

PARTIE II: Réalisation de l'entretien: Hugo Vermeren & Emile Gayoso