Il lui reste peu de temps,
Et pourtant elle le prend.
Tremblante dans tous ses gestes
Mais précise autant qu’alerte,
Elle marche, parle et pense
Avec la lente assurance
Qu’offre la répétition
Inlassable du semblable.
Si on la dit raisonnable,
C’est qu’on oublie ses passions,
Les plus sourdes, les plus rudes,
Aiguisées par l’expérience
Et l’effroi des solitudes
Puis vécues dans le silence.
mardi 22 avril 2014
vendredi 18 avril 2014
vendredi 28 mars 2014
Location & Liberté
J’ai pour exister un bel
appartement, une voiture confortable et un emploi décent. Bien qu’on m’en ait
donné mille fois l’occasion, je ne possède aucun de ces agréments. Malgré les
égards de mon agence immobilière, les offres de mon garagiste et les enchères
de mon patron, je reste locataire...de mon toit, de mon volant, de mon bureau.
Car je veux rester libre.
J’ai pour me damner un petit bout
de trottoir dans un bois très urbain. J’y vais depuis longtemps, et j’ai pour
une certaine artisane d’un antédiluvien métier un entrain sans cesse renouvelé.
Entrain qu’elle semble partager à tel point qu’elle voudrait désormais m’offrir
ses services gratis pro deo. Mais je
préfère les louer. Car je veux rester libre.
J’ai pour me sauver une petite
chapelle bien douillette. J’y prie depuis les lustres, je m’y confesse aussi,
et le majordome de la maison de Dieu connaît par cœur les errances de mon corps
et les vicissitudes de mon âme. Il m’a fait comprendre qu’avec quelque obole,
une assiduité sans faille au sermon et son poids en missel, je pouvais espérer le
pardon et racheter mes péchés. Mais je préfère les louer. Car je veux rester
libre.
mercredi 26 mars 2014
L'énigme du jour
J’ai de l’indifférence le masque sans apprêts ;
Si par mégarde il tombe, je change de couleur,
Aussitôt je bégaye, je suis prise de chaleur
Et un ballet de gênes commence sur mes traits.
vendredi 7 mars 2014
L'énigme du jour
Je suis ce temple où chaque jour
Des fidèles aux fluettes silhouettes
Viennent se prosterner
Sur mes autels de chêne,
Devant mes apôtres gisants,
Le corps ouvert en deux,
Impassibles et muets.
Je suis ce théâtre de murmures
Où chaque jour se joue
Un rite anthropophage
Et silencieux ;
Où les vivants dévorent
Les morts avec leurs yeux
Assoiffés des traces
Laissés par un monde
Déjà révolu.
La nuit,
Mes apôtres dorment debout,
Bien serrés côte-à-côte
Dans l’ordre et le silence ;
Aucun frémissement
Ne trahit leur attente ;
Pourtant, combien ils rêvent
De s’ouvrir à nouveau
Et de s’offrir à nu
A un regard curieux,
A une main caressante !
lundi 3 mars 2014
L'énigme du jour
L'arbre en est la peau,
L'encre le tatouage.
Muet lorsqu'il est clos,
Disert sitôt qu’on l’ouvre,
Les morts parlent en lui
D'une haleine de poussière.
jeudi 27 février 2014
L'énigme du jour
Avec mes rivières sans sources ni estuaire,
Avec mes roses sans tiges ni parfums,
Avec mes jours cuisants mordant mes nuits glaciales
Dans l’aurore qui gomme les étoiles…
Avec mes horizons de promesses flottantes,
Avec mes caravanes silencieuses,
Avec mes renards et mes serpents,
Mes cartons troués et mes avions en panne…
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