Gobe-monnaie crache-papier tic-tac tic-tac,
Compte les mètres compte les heures, tic-tac tic-tac,
Capitaine innombrable en la ville des flux,
A la flotte amarrée à chaque coin de rue.
vendredi 10 novembre 2017
vendredi 20 octobre 2017
Éminence dorée
Penchée sur notre épaule,
L’échine déjetée,
Tu œuvres derrière nous
Au lire et à l’écrire ;
Tu es en quelque sorte
L’éminence dorée
De nos heures silencieuses
Où l’homme, de ses yeux,
Ravive l’esprit des morts
En parcourant leurs mots,
Où l’homme, de sa main,
Une plume en son creux,
Avive l’âme des vivants
En y coulant son encre,
En y coulant son sang.
Tout ce que l’homme lit,
Ton œil l’a déjà lu,
Tout ce que l’homme écrit,
Ton œil le lit aussi.
D’ailleurs, qu’il se détourne,
Et nous voilà perdus,
Que ton regard s’éclipse
Et nous voilà aveugles.
Penchée sur nos besognes
Le dos toujours voûté,
Éminence dorée
De nos heures laborieuses.
dimanche 17 septembre 2017
On use de sa
vitalité selon son caractère. Certains la délayent de façon régulière, comme un
fleuve tranquille, sans écluse ni cataracte, avec une présence de chaque
instant dans les mots et les gestes. D’autres la gardent pour les moments de
panache et sont en état de veille le reste du temps. D’autres encore ne savent
que la contenir et n’en laissent filtrer qu’un mince filet tandis qu’une vie
bouillonnante reste en eux prisonnière.
lundi 19 juin 2017
lundi 29 mai 2017
lundi 6 février 2017
Universelle souffrance
Toute rencontre amoureuse nous semble unique ; l’amoureux se sent en quelque sorte élu, lui, parmi des milliers d’autres, pour ce qu’il a de plus singulier, pour ses qualités les plus personnelles, pour sa façon d’être irréductiblement sienne.
Quand vient la rupture, l’amoureux délaissé est rejeté dans le commun. Son immense souffrance, qui est d’abord celle de la perte d’une partie de soi –car aimer c’est sentir par un deuxième corps, vivre par un deuxième être – est aussi celle d’un retour à l’indistinction.
La section du lien amoureux rejette les êtres auparavant noués en une tresse unique dans la masse des cœurs semblables. Atomisé, dénudé, soudain identique à tous les autres, l’amoureux délaissé se sent comme un quidam parmi les quidam, c’est-à-dire le plus misérable des hommes.
Ainsi le bonheur amoureux est-il toujours, au sens propre, un bonheur existentiel, car si être aimé d’un autre c’est devenir quelqu’un d’autre, c’est avant tout devenir quelqu’un, c’est exister de façon singulière.
Le malheur amoureux, par contraposée, est une expérience de l’universel.
La souffrance du commun, de l’indistinction d’une vie insensée car solitaire, privée d’un autre qui la reconnaisse et lui donne sens, est un état connu de tous, tandis que l’élection de l’amour reste le privilège d’un groupe.
Voilà pourquoi la souffrance a des vertus communiantes que le bonheur n’aura jamais : elle est notre lot à tous, le ciment indestructible et glacial de la condition d’être humain, le baptême obligé par lequel il nous faut tous passer et qui nous fait tous frères, frères en absence, frères de sang.
Quand vient la rupture, l’amoureux délaissé est rejeté dans le commun. Son immense souffrance, qui est d’abord celle de la perte d’une partie de soi –car aimer c’est sentir par un deuxième corps, vivre par un deuxième être – est aussi celle d’un retour à l’indistinction.
La section du lien amoureux rejette les êtres auparavant noués en une tresse unique dans la masse des cœurs semblables. Atomisé, dénudé, soudain identique à tous les autres, l’amoureux délaissé se sent comme un quidam parmi les quidam, c’est-à-dire le plus misérable des hommes.
Ainsi le bonheur amoureux est-il toujours, au sens propre, un bonheur existentiel, car si être aimé d’un autre c’est devenir quelqu’un d’autre, c’est avant tout devenir quelqu’un, c’est exister de façon singulière.
Le malheur amoureux, par contraposée, est une expérience de l’universel.
La souffrance du commun, de l’indistinction d’une vie insensée car solitaire, privée d’un autre qui la reconnaisse et lui donne sens, est un état connu de tous, tandis que l’élection de l’amour reste le privilège d’un groupe.
Voilà pourquoi la souffrance a des vertus communiantes que le bonheur n’aura jamais : elle est notre lot à tous, le ciment indestructible et glacial de la condition d’être humain, le baptême obligé par lequel il nous faut tous passer et qui nous fait tous frères, frères en absence, frères de sang.
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