samedi 16 janvier 2010


Sourcière de l'âme,
La plume trace son lit d'encre
Dans le désert de nos actes manqués.

vendredi 27 novembre 2009

La femme, un personnage encombré!

Il est remarquable que le sexe dont on célèbre le plus la nudité dans l'art comme dans les médias soit, au sein de l'espace public, le plus chargé d'attributs superfétatoires. La femme ne gagne en effet sa féminité qu'au prix de nombreux ornements d'une silhouette qui in naturalibus est toujours suspecte des sournoiseries antagonistes que sont la séduction et l'androgénie. Comme si l'on craignait à la fois que la femme ne soit trop femme -c'est-à-dire séductrice- et qu'elle ne le soit pas assez au risque d'une confusion avec l'autre sexe -le péril androgyne!-.
Ainsi, en sus d'une chevelure généralement abondante et exigeante en soins comme en apprêts, la peau d'une femme se doit d'être fine et douce, et il lui faut habiller son corps d'une multitude d'objets: à son cou pendent des colliers, à ses oreilles des boucles, à ses poignets des bracelets. Enfin, prolongement extra-corporel d'une peau avec laquelle il partage sa substance, le sac-à-main, à la fois ustensile et ornement, vient couronner cet enrobage du corps féminin en même temps qu'il le garantit. En effet, s'il a en partie pour fonction de compenser l'absence fréquente de poches dans la mode féminine -les femmes s'habillent pour plaire et les hommes pour faire, c'est bien connu!-, il sert avant tout d'atelier de conservation du musée d'oeuvres éphémères qu'est le visage de la femme maquillée.
Crayons et pinceaux pour cils et sourcils, tubes de mascara, bâtonnets de rouge à lèvre, boîte de poudre de riz, éponges applicatrices, coton-tiges correcteurs: toute une artillerie lourde veillant au grain...et couvrant le front vénusiaque des assauts imprévus des affects et du temps.
Mais cette logistique de la décoration du visage est à la fois une manne et un fardeau pour la gent féminine. Ainsi, elle y trouve à la fois des ressources variées de mise en valeur plastique et tout un attirail encombrant qu'elle doit traîner avec elle sous peine de voir diminuer l'intérêt qu'on lui porte.
Magnifiée par un revêtement lumineux et coloré, un enrobage parfaitement lisse, un masque capable de cacher la fatigue ou la vieillesse, la femme est aussi empêtrée par les soins constants qu'il lui faut s'administrer pour que la pellicule délicate où elle projette et interprète son personnage ne perde rien de sa superbe.
Si l'on ajoute à cela la pratique des talons hauts et des vêtements moulants, on doit bien se rendre à l'évidence: la beauté qu'autorise ce nuage d'attributs ne peut être que statique! Pas question de courir en talons aiguilles, d'enfourcher un vélo avec une jupe fuseau et encore moins d'abîmer son fard par une sueur importune.

Ainsi, la figure souple et féline de la femme d'intérieur -dans une vision certes plus romantique que consumériste- se trouve au-dehors comme pétrifiée sous l'oeil pervasif et implacable d'une Méduse des canons de beauté. La tigresse d'alcôve s'est faite brebis boiteuse au doux lainage. Certes, d'une laine bigarée et multiple, mais surtout encombrante et étouffante, proliférant sous les injonctions des moutons mâles -à la toison plus courte mais pareillement standardisée-, qui jouissent bassement de voir la beauté de leurs femelles mise en boîte.
Chaque jour qui passe dans ce régime esthétique où la femme s'apprécie à son volume ornemental, et donc à sa statique*, est un enlèvement des sabines auto-perpétré. Nous autres sabins modernes ayant lu Ronsard, écouté Chopin et admiré Manet nous nous ravissons à nous-mêmes la beauté féminine pour aller l'enfermer dans des poupées gigognes dont les vives couleurs et le large sourire nous font oublier le vide et la coformité.
Et qu'importe si nos nymphes ont le corps trop lesté pour courir dans les bois, si nos naïades aux cheveux laqués craignent désormais l'eau des rivières, si nos Eves en mini-jupe laissent pourrir les pommes des jardins suspendus! Les Adams d'aujourd'hui s'en tiennent bien les côtes: "l'on ne peut plus danser, qu'à cela ne tienne: marchons en cadence!"

*à l'inverse du régîme masculin qui pourrait s'analyser comme relevant d'une dynamique de la surexcitaion où l'hyperactivité est le modèle à suivre.

mardi 17 novembre 2009

Vincent Roca, humoriste-poète: digne héritier de Devos!


Vincent ROCA, Michel - wideo
Un ami pépinériste décrit avec poésie. © 2009 PVO Audiovisuel Multimédia - Auteur et interprète : Vincent Roca - Réalisateur : Christophe Franck - Décor : Yves Valente - Créateur lumières : Sébastien Debant - Ingénieur son : Pierre Buisson - Régisseur son : Philippe Blancheteau

dimanche 15 novembre 2009

Le langage est condamné, tel un filet de signes lancé au hasard du monde, à voir la vérité passer toujours entre ses mailles.

mardi 27 octobre 2009

Que cache le nom?

Como les nombres, los pronombres son mascaras, y detras de ellos no hay nadie -salvo, quizá, un nosotros instantáneo que es el parpadeo de un ello igualmente fugaz.

 Octavio Paz,

"Comme les noms, les pronoms sont des masques, et derrière eux il n'y a personne -sauf, peut-être, un nous instantané qui est le frémissement d'un lui pareillement fugace"

dimanche 25 octobre 2009

Art d'hier et d'aujourd'hui

J'avancerai de bonne foy que j'aime mieux ce qui me touche que ce qui me surprend.

François Couperin, L'Art de toucher le clavecin, 1716.

lundi 21 septembre 2009

De l'encre à l'octet: qu'est-ce qu'écrire à l'ère des réseaux? Partie 1.

Qu'est-ce qu'écrire? « Tracer sur un support des signes convenus appartenant à un système d'écriture » (dictionnaire de l'Académie Française), « tracer les signes graphiques qui représentent une langue » (Centre National de Ressources Textuelles et Lexicales), ou encore «Créer une représentation de mots à l’aide de lettres et de symboles par le biais d’un média. (Wiktionnaire) »...j'ai volontairement laissé apparents les liens hypertextes de la dernière définition pour montrer que tant sur le fond que sur la forme, l'activité « écriture » est en train d'être profondément remaniée!

Néanmoins, les définitions ne sont jamais très éclairantes! Mieux vaut penser chaque terme de manière dynamique, comme un réseau de sens toujours en mouvement! J'ai affiché il y a quelques temps sur ce blog une phrase sentencieusement libellée comme ''aphorisme'' mais qui me tient très à cœur: « chaque mot est un théâtre sur la scène duquel la pensée joue toujours une pièce différente ». Combien de nuits blanches peut-on passer à chercher le mot juste pour un titre, une rime ou même une réplique et bien souvent le même mot peut apparaître deux, trois fois comme une solution possible mais sous un masque différent! Chaque mot a un lien vital avec le contexte qui l'a sollicité, et en retour ce contexte le nourrit d'une saveur qu'il ne perdra pas complètement dans ces usages ultérieurs, du moins pour celui qui l'aura employé par le passé. Contrairement aux apparences, les mots, ni même les phonèmes, ne sont pas les structures atomiques du langage: ce sont des réseaux dynamiques de significations!
A chaque immersion dans un contexte (la phrase en est un), ce sont différents pôles de ce réseau qui sont activés, et l'interaction entre le contenu pluri-signifiant du mot avec ce contexte fournit le sens de l'expression. L'existence de sens multiples ''officiels'' pour un seul et même mot est le résultat d'un processus de différenciation d'un syntagme avec son contexte initial de production. Au fur et à mesure que l'utilisation d'un syntagme s'éloigne de son script originel pour s'inscrire dans un nouveau contexte de sens stabilisé, ce syntagme acquiert une nouvelle signification susceptible plus tard d'entrer dans un dictionnaire. Les lettres et les mots sont ainsi comme des légos accompagnant un enfant dans le temps. Les combinaisons qu'il fera seront sans cesse différentes et le sens pris par chaque pièce dans ses constructions évoluera au gré de son imagination.

Mais revenons aux définitions données en exergue de ce texte. Le contraste entre celle proposée par l'Académie Française et le dictionnaire de Wikipedia est frappant. La première assimile l'écriture au tracé de signes sur un support, tandis que la seconde la caractérise comme la création de représentations de mots « par le biais d'un média ». Ainsi, alors que la définition de l'Académie relève encore de l'ordre classique du tracé et de la matérialité du support, celle du dictionnaire « libre » (puisque tout internaute peut y contribuer) remplace la continuité du tracé par la combinaison de « lettres et de symboles » s'effectuant non plus « sur un support » mais « par le biais d'un média »: de graphique et matérielle, l'écriture devient combinatoire et virtuelle.

Notre propos n'est pas ici de classer ces différentes définitions selon qu'elles seraient plus ou moins valables, mais simplement de montrer qu'une transformation s'opère dans la façon d'envisager l'écriture à l'ère des technologies de l'information et de la communication. Dans la deuxième partie de ce texte, on essayera de comprendre ce que signifie « être écrivain » dans un contexte de connexion permanente au « réseau des réseaux » et on se penchera sur les nouvelles pratiques rédactionnelles introduites par l'usage de l'ordinateur et d'internet, en tentant d'en tirer des conséquences sur la nature des discours produits et leurs rôles dans la « société de l'information ». On y défendra l'hypothèse qu'on assiste à une nouvelle mutation de l'« auteur », qui explose définitivement l'image du démiurge transcendant et strictement individué au profit d'une figure éclatée et réticulaire d'un écrivain agrégateur de représentations.